La drogue n’a pas construit Villejean. Elle profite de ses fissures.
Chaque fois qu’un fait divers éclate à Villejean, les mêmes phrases reviennent.
« C’est un quartier de drogue. »
« Il faut nettoyer le quartier. »
« C’est devenu une zone de non-droit. »
Ces formules ont l’avantage d’être courtes. Elles ont surtout l’inconvénient d’empêcher toute réflexion.
La drogue n’est pas née à Villejean. Elle circule partout. Dans les centres-villes, dans les quartiers résidentiels, dans les campagnes, jusque dans les établissements les plus prestigieux. La différence, c’est qu’à Villejean, elle est plus visible.
Pourquoi ?
Parce que le quartier concentre depuis des décennies des fragilités que l’on préfère souvent regarder séparément : pauvreté, décrochage scolaire, chômage, isolement, difficultés familiales, santé mentale, logements précaires, sentiment d’abandon.
Le trafic sait reconnaître ces failles. Il s’y installe comme l’eau s’infiltre dans une fissure.
Il recrute rarement les plus forts. Il recrute ceux qui pensent n’avoir plus grand-chose à perdre.
On parle beaucoup des réseaux. On parle moins des adolescents qui deviennent guetteurs avant même d’avoir choisi un métier.
On parle des interpellations. On parle rarement des familles qui vivent derrière les volets fermés, prisonnières d’une violence qu’elles n’ont pas choisie.
On parle des saisies de stupéfiants. On parle beaucoup moins des éducateurs, des enseignants, des associations et des habitants qui continuent, chaque jour, à empêcher le quartier de basculer complètement.
Réduire Villejean à la drogue est une erreur.
Mais nier que la drogue transforme profondément le quartier en est une autre.
La première condamne ses habitants au regard des autres.
La seconde les abandonne.
Entre ces deux impasses, il existe une troisième voie : regarder la réalité en face, sans stigmatiser ceux qui la subissent.
Parce qu’au fond, la véritable question n’est peut-être pas : « Comment faire disparaître la drogue ? »
La question est plus exigeante :
Comment rendre un quartier suffisamment vivant, suffisamment juste et suffisamment porteur d’avenir pour que la drogue cesse d’y apparaître comme une solution ?
Belson
Chroniques de Ville de Jean
